Vers une culture de « l’habiter »
Un colloque d’envergure internationale a été organisé à Bayonne par le Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement des Pyrénées-Atlantiques les 26 et 27 novembre. Ce colloque était consacré à l’expression spontanée ou cultivée de l’identité en architecture et plus particulièrement en matière d’habitat. Les contributions de personnalités issues du monde de la recherche, d’architectes et aménageurs, de professionnels de l’ingénierie culturelle, voire de la publicité ont enrichi un débat, souvent vif, sur la production domestique dans les régions se refusant à une mondialisation broyeuse des différences. Le point avec Patrick Fifre, le directeur du CAUE des Pyrénées-Atlantiques.
Le colloque "habitat et identité : vers une culture de l'habiter" a permis de mêler les hypothèses de divers acteurs issus du monde de la recherche, d'architectes et d'aménageurs.
Patrick Fifre : Le colloque avait pour objectif de mener une réflexion sur les questions de régionalisme dans la production architecturale contemporaine. Il s’inscrit dans une série de colloques qui ont eu lieu ces quinze dernières années en France, notamment celui organisé à Brest en 2004 intitulé « Construire la diversité ». Avec ce nouveau colloque, il s’agissait pour notre CAUE de réactualiser les aspects théoriques des courants de pensée qui construisent des modèles architecturaux, dont le régionalisme, le néo régionalisme et d’autres concepts actuels comme le nouvel urbanisme porté plutôt par les théoriciens américains ou praticiens en France. Ils défendent à partir d’un regard sur l’architecture dite traditionnelle une architecture contemporaine s’inspirant de ces éléments observés.
Tous ces mouvements ont conduit et ce, depuis les années 1920, face à une sorte de mondialisation broyeuse de toutes les différences que réémergent, sous prétexte d’identité régionale, ces courants de pensée réactualisés à l’aune de ce que le Grenelle de l’environnement met en exergue. A savoir le contextualisme, qui tient compte de matériaux, des orientations et du vocabulaire utilisé dans l’architecture dite traditionnelle.
En fait, notre idée est de dire : aujourd’hui, nous avons des règlementations imposée dans les documents d’urbanisme, comme les PLU qui édictent la manière dont on doit construire pour respecter l’architecture locale. Or, on sait très bien que ces règles proviennent de modèles datés, controversés ou remis au goût du jour. C’est donc très complexe.
Face à cela, depuis les années 1920 s’est constitué le mouvement moderne qui s’affranchissait de toutes ces règles traditionnelles pour créer une architecture dite internationale et qui ne respectait pas l’architecture néo basque, néo bretonne, mais qui développait un langage architectural différent venu s’opposer en partie à ce que défendaient les tenants de l’architecture régionale.
Quelle pensée a émergé de ce colloque ?
Patrick Fifre : Le colloque était scindé en quatre séquences. La première consistait à faire un rappel sur l’histoire, les mouvements d’idées et pratiques. La deuxième parlait du sens de la défense identitaire de l’habitat aujourd’hui à l’heure de la mondialisation. La troisième évoquait les règles et politiques publiques, et enfin, la manière de construire les images des territoires. Difficile de résumer un élément de ce colloque. Une chose est sûre en revanche, les collectivités seront de plus en plus confrontées aux difficultés émanant de ces dossiers de construction et d’habitat. Il importe donc, aujourd’hui plus que jamais, d’apporter une culture architecturale et urbaine chez les élus locaux. Lesquels sont désormais les seuls à prendre des décisions. On sait très bien en effet que l’administration d’état transférera toujours plus de ses prérogatives aux collectivités locales.
Vous êtes dans votre rôle puisque le CAUE se veut avant tout une structure appui des collectivités. Quelles sont vos autres missions.
Patrick Fifre : L’axe majeur défini est bien l’aide à la décision des collectivités. Et le maître mot de notre réorientation sur le terrain est de travailler dans la durée.
Notre association départementale conseille et informe depuis bientôt 30 ans pour la qualité de notre cadre de vie dans une démarche d’optimisation des richesses et des particularités dans les Pyrénées-Atlantiques. Ainsi, elle couvre plusieurs domaines de compétences : l’architecture, l’urbanisme et l’environnement.
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